les Béglais viennent à la gare, mais ne prennent pas le train
Aller à la gare pour voyager, rien de plus normal, mais à Bègles, il n'en est rien. Avec seulement huit trains par jour qui relient la commune à la gare Saint-Jean de Bordeaux, inutile de venir jusqu'au fin fond de la commune pour attendre interminablement. « Mieux vaut prendre le vélo, le tram ou le bus ! », explique Julia, une jeune habitante de Bègles. Alors pourquoi une gare ? « Pour acheter des billets ou les retirer après avoir réservé sur Internet », résume Cyril, 30 ans.
Les quais restent invariablement vides en cette période estivale. Les plus jeunes viennent pour se reposer sur les sièges, mais personne n'attend le prochain train... qui arrivera dans plus de deux heures. Pourtant, certains TER desservent Portets, Langon, Marmande ou Agen... Les voyageurs préfèrent partir de la capitale girondine.
Mais à l'intérieur de la gare, point de sensation de vide. Bien sûr, ce n'est pas la grande affluence, « mais il y a toujours une ou deux personnes, j'en suis même étonnée pour une si petite structure ! », confie Stéphanie Crougneau, agent de réserve à la SNCF.
Au guichet, Stéphanie n'a pas de temps à consacrer à la flânerie. On croirait que les Béglais se sont organisés pour venir à tour de rôle. L'endroit ne désemplit pas. Véronique et sa fille Julia font partie de ces clients : « Nous, on vient pour prendre un billet pour Arcachon et un autre pour Paris, mais on partira de Bordeaux. » Et pour s'y rendre, ce sera les transports en commun ou le vélo, que l'adolescente emmène partout. Prendre le train ? Elle n'avait même pas envisagé cette solution. Carole, une autre Béglaise de 43 ans, est même surprise quand on évoque cette possibilité : « On peut vraiment prendre le train ici ? J'habite dans cette ville depuis 2001 mais je n'étais pas au courant ! »
Destination : grandes villes
N'y aurait-il donc que des arrêts fantômes ? « Globalement, les habitués qui utilisent ce mode de transport sont des travailleurs qui vont sur Bordeaux pour la journée, mais même eux ne sont pas très nombreux », assure Stéphanie.
Les habitants ne délaissent donc pas leur gare, mais ils la fréquentent pour des raisons commerciales. « En fait, ça ressemble plus à une boutique SNCF qu'à une véritable gare », reconnaît Stéphanie. La principale démarche consiste à réserver sa place sur des grandes lignes. Paris et Toulouse sont d'ailleurs les destinations les plus choisies. Viennent ensuite les billets TER, « mais ceux-ci sont très marginaux », constate l'employée de la SNCF. Enfin, les plus « branchés » viennent pour retirer les billets dénichés sur Internet.
« Moi je vis à Bordeaux, mais je travaille à Bègles. Je n'hésite à faire un détour pour prendre mon billet ici, car il y a beaucoup moins de monde », raconte Cyril, qui reprendra sa voiture pour rentrer à son domicile bordelais.
BÈGLES, EXPOSITION. Au Musée de la Création franche
Le Musée de la Création franche (58, avenue du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny) accueille jusqu'au 6 septembre une exposition des oeuvres de Joseph Claret. Ce Bordelais réalise dans une facture naïve des huiles sur toile. Ses oeuvres, très colorées, sont le reflet de sa quête perpétuelle d'amour et de beauté. Elles mettent en scène des femmes, des animaux, des fleurs.
Art naïf
On y trouve également des figures récurrentes de l'art naïf : le musicien, la luxuriance végétale et florale, des personnages de cirque, des scènes citadines, des allégories. L'oeuvre de Joseph Claret est présente dans diverses collections : Musée de Soulac, Musée d'Art naïf de Figueras (Espagne), Musée d'Art naïf de Béraut (Gers).
Ouverture tous les jours de 15 heures à 19 heures, dimanche compris (sauf jours fériés). Entré" e gratuite. Rens. 05 56 85 81 73 ou www.musee-creationfranche.com.
Par ailleurs, le foyer restaurant Croizat (9, rue du Maréchal-Joffre) accueille pendant tout l'été ; une exposition initiée par l'atelier pour personnes désorientées « L'Escale ». Ses membres viennent de produire un travail sur la mémoire en utilisant des cartes postales de la ville.
Rens. 05 56 49 69 32.
BÈGLES, BÈGLES PLAGE. Le lac de la Plaine des sports devient pour l'été un lieu privilégié des animations sportives et ludiques. Mais on peut aussi pêcher à la ligne, malgré les baigneurs
Il y a deux lacs à la plaine des sports. L'un, au sud, s'appelle Bègles-Plage, bondée en ces premiers jours de beau temps. L'autre, au nord, et presque aussi paisible que d'habitude, quand seuls les pêcheurs dûment encartés le fréquentent, avec parfois une tente de SDF et des joggeurs.
À la jointure des deux, le 1er juillet, il y a « Bently », ses quatre cannes à pêche et sa bourriche où frétillent tant bien que mal quelques gardons. « C'est super à l'apéro, en friture avec un peu de sel ». C'est un pro de la restauration bordelaise qui parle. Il a bossé dans bien des tables en vue de Bordeaux. Depuis deux mois, il fait « un break ». Et ce Bordelais du quartier Saint-Jean il s'est fait pêcheur à Bègles : « Je suis novice. Mais ça calme. Les pêcheurs ici sont sympas ».
« Ça mord »
Pourquoi choisir ce poste proche de la joyeuse cohue des baigneurs ? « Ça mord quand même ! Et là, je surveille mes bouchons et en même temps j'ai l'oeil sur mes gosses qui se baignent ». Voilà un usage inattendu de Bègles-Plage.
Pour le reste, Bently est comme tout le monde : il trouve le lieu très bien, facile d'accès, mais peste contre « les gens qui sont vraiment sales, qui laissent traîner des canettes partout. Quand j'arrive, je nettoie, mais c'est incroyable qu'ils ne respectent pas les lieux. La nuit, il y en a qui font des feux, qui laissent tout. Moi, j'ai une boîte pour mes mégots ». « Ils » ? Les responsables de la ville pensent sûrement aux mêmes. Comme les fêtards qui dorment encore parfois quand passent les équipes municipales chargées de nettoyer sable et herbe tous les matins, plus des rondes régulières dans la journée. La nuit, Bègles-Plage est « fermée », mais le site est ouvert...
Que faire ? Pas grand-chose de plus que contre ceux et celles qui profitent de la petite plage secondaire, en principe réservée aux embarcations de la base nautique, pour se tremper juste à côté du panneau « baignade interdite » et de l'arrêté du maire qui dit la même chose.
« On avertit à la sono, on envoie des messages, mais on ne peut pas faire plus », constate Emilie, en charge du poste de secours ce jour-là. La plage « interdite » n'est pas sous la responsabilité théorique des sauveteurs. Mais « si on voit que quelque chose se passe, on interviendra », ajoute la jeune femme.
Une voix sur les hauts parleurs : « les propriétaires des voitures immatriculées... sont priés de les déplacer pour raison de sécurité ». Pour le stationnement des voitures aussi, le laisser-aller plagiste est de mise, alors que l'on vient ici de fort loin et pas forcément à pied, à vélo ou en transport en commun.
Bref, c'est comme à la mer, mais en ville. La liberté, mais entassée aux heures de pointe. Des règlements de base, mais aux vertus plus administratives que pratiques.
Mélange social
Pourtant, c'est un havre de convivialité familiale et de mélange social. Pique-niques merguez saucisses ou végétariens. Looks de toute sorte, du (très rare) topless à la longue robe musulmane, chemisier jupe de la grand-mère ou maillot de foot-adidas des adultes qui vont taper le ballon sur le mini-terrain. Quelques « livres de l'été » surplombent des corps allongés au soleil, les ballons traversent l'air, les douches de plage sont autant de jeux pour les enfants.
C'est une plage populaire, les sandwiches d'un commerçant ambulant concessionnaire de la mairie sont à peine plus chers qu'en ville, et les glaces sont à 1 ou 2 euros.
Tout ce petit monde peut aussi s'attendre à des animations du service jeunesse et du service des sports de la ville, gratuites, tantôt sur l'eau, tantôt sur terre. Voile, canoë-kayak, sauvetage côtier, aviron, Yole, VTT, soccer, sandball, rugby sur sable, volley, tir à l'arc, jeux grand format ponctueront les mardis et jeudis pour le grand public. Le programme est affiché à l'accueil, et consultable sur le site de la mairie de Bègles.
La soixantaine de manifestants talençais postiers, réunis hier à midi devant la direction de La Poste à Mériadeck ont fait du bruit, mais ils n'ont pas été entendus.
Sur le parvis, militants du comité talençais de défense des services publics et syndicalistes de la CGT et de Sud reçoivent le renfort du député Verts de la circonscription, Noël Mamère, du conseiller général PS de Talence, Gilles Savary, et de son collègue PCF de Bègles Jean-Jacques Paris, venu au nom de l'association des élus communistes et républicains.
Petra Rosay avait sous le bras les 2 500 signatures recueillies contre la fermeture du bureau de poste Robespierre - que La Poste appelle Bagatelle -, effective depuis le 3 novembre 2008. Avec un espoir très mesuré d'aboutir : « Dans l'absolu, on veut gagner. Mais peut-être surtout sensibiliser tout le monde de nouveau. On a reçu des mails de gens de Cabanac. L'optique est là, faire un comité pour tout le monde. »
Rentabilité ou service
Nicole Gayet, première « usagère » à avoir lancé l'alerte, rappelle ses arguments : le service aux personnes âgées, aux handicapés, pour qui La Poste principale, à 900 mètres, est trop loin. Le lien social. La vie de quartier. Un postier assure : « La direction en a profité pour retirer un poste. »
Les arguments plus politiques, sur fond de dénonciation de l'ouverture du capital de La Poste, se déclinent : « On ne doit pas laisser la rentabilité devenir le critère. Il faut du service public dans les quartiers populaires et les campagnes ». Un représentant du Sud-Médoc abonde dans le même sens.
Mais Olivier Gallet, le directeur des ventes du secteur à la direction départementale, qui a reçu une délégation, balaie le tout : « Il ne s'agit pas d'une mesure de rentabilité, mais de service. Depuis la réorganisation, le temps moyen d'attente à Talence principal est passé de seize minutes à deux minutes cinquante, avec six guichets au lieu de quatre. Nous avons rénové le bureau de Thouars, qui ouvre le samedi matin avec deux guichets au lieu de trois. Beaucoup de gens nous le disent. » La Poste compte « 600 clients » à Talence central, et 50 à Robespierre. Une bagatelle...
Il a suffi des premières chaleurs pour que la plage du lac de Bègles retrouve dès samedi son public. Sur le sable ou sur l'herbe, on a recommencé à bronzer, à jouer au football, à nager, en s'évitant les embouteillages du bassin d'Arcachon ou de Lacanau.
Excellent pour le bilan carbone des plagistes, à condition de ne pas trop forcer sur les barbecues. Ceux que la mairie a mis en place ont quand même été très utilisés, y compris dimanche, avant la pluie. Température de l'eau : 24° à 26° ce week-end. Mer calme.
Bègles-Plage, qui devait ouvrir le 1er juillet, a ainsi pris avec un peu d'avance ses quartiers d'été, sur le sable apporté par les services de la mairie. Certains y ont même dormi, encore enfouis dans leur duvet sur le coup de midi dimanche...
Le poste de secours et les maîtres nageurs sauveteurs sont en place, le drapeau vert flotte sur son mat, et le jet d'eau qui signale l'ouverture officielle du site a repris sa danse.
La plage est ouverte - c'est-à-dire surveillée - de 11 heures à 19 heures le mercredi et le week-end jusqu'à la fin du mois, puis tous les jours à compter du 1er juillet. C'est aussi à ce moment que débuteront les animations sportives et culturelles prévues par la municipalité, qui s'appuie sur les ressources du cru : mini-voiliers, canoës, terrains de sports, etc. En revanche, la piscine d'hiver sera fermée, Bègles ayanr choisi de ne pas cumuler les coûts de deux sites cet été.
On peut aussi venir à Bègles-Plage pour découvrir les libellules : sur les bords du lac, elles sont nombreuses, et de toutes les couleurs.
La Tour F de la cité Yves-Farge à Bègles s'effondrera en octobre prochain. Son déshabillage se prépare ces jours-ci, en même temps que celui des bâtiments bas, les plus proches du tram, qui seront rhabillés de loggias en bois à partir de septembre.
L'opération de renouvellement urbain lancée en 2004 par la Ville et l'Anru, et conduite par la Saemcib (le bailleur social historique de Bègles) a avancé bon train jusqu'en avril 2007. L'implosion de deux tours en marquait le point de non-retour, l'arrivée du tramway début 2008 symbolisait l'avenir. Environ la moitié des 286 logements promis à la démolition avaient été reconstruits dans un périmètre incluant des terrains disponibles dans le voisinage de la cité. Un nouveau quartier, les Prés Lacoste, est ainsi né.
Rattraper le temps perdu
Vint 2008, année quasi blanche pour cause de renégociation entre la ville et l'Anru. Bègles veut rattraper le temps perdu cette année. C'est en cours. Le chantier de 49 logements sociaux de la Saemcib aux Terres-Neuves Sud a commencé au premier trimestre 2009, ainsi que 35 autres au Prés Lacoste. La réhabilitation des autres bâtiments bas d'Yves-Farge doit s'achever au deuxième semestre 2010, qui sonnera aussi le glas de la dernière tour. Un immeuble de logements et commerces pour la Saemcib et Kaufman et Broad, sur la nouvelle place des Terres-Neuves devrait être livré début 2011.
Sur 23 millions d'euros de crédits Anru, Bègles a déjà obtenu des arrêtés de subvention pour 14,7 millions d'euros, mais n'a encore perçu que 3,7 millions.
Quant aux opérations privées garantes de la mixité sociale de l'Oru, leur calendrier dépend évidemment des disponibilités des promoteurs.
BÈGLES, VACANCES. Cet été, pendant l'ouverture de Bègles-Plage, la piscine d'hiver fermera ses portes
Dans un peu moins d'un mois, la plage de Bègles sera de retour. Pour la neuvième année, le lac de la plaine des sports deviendra, pour deux mois, l'un des havres de fraîcheur de l'agglomération, capable d'accueillir jusqu'à 3 000 personnes par jour. Gratuitement, et sans les embouteillages de Lacanau, à pied depuis Bègles ou en bus Keolis.
Contrôlée lors du récent triathlon de Bègles, l'eau de ce lac, alimenté par des sources, a été déclarée bonne pour la baignade par la Dass. Il faut encore y rapporter le sable et y réinstaller le PC de secours, la ligne d'eau de la baignade, les cabanes à frites, les aires de pique-nique et de barbecue, etc.
Prudence budgétaire
« L'été dernier, le lac a reçu 250 000 personnes », note Armelle Merle, directrice de la piscine. Mais les étés précédents, la piscine Art déco de Bègles, dite « Les Bains », était restée ouverte aussi en juillet-août. Cette fois, la municipalité a décidé de la fermer du 1er juillet au 1er septembre.
Comme pour la suppression du Festival jour de fête, c'est une question de prudence budgétaire, selon Franck Joandet, le deuxième adjoint au maire : « On doit gérer prudemment. Le fonctionnement de la piscine représente une charge de 576 000 euros par an. En fermant deux mois, on économise en personnel d'accueil, d'entretien et en maîtres nageurs. »
En 2008, le surcoût de Bègles-Plage s'était élevé à 71 000 euros, sans compter le personnel permanent travaillant pour les deux sites. Neuf personnes sont nécessaires pour l'entretien, la surveillance et l'animation de la plage et de ses abords.
En septembre, Noël Mamère avait plaidé pour que la CUB prenne en charge ces structures de loisirs estivales (Bègles-Plage et Bordeaux-Plage au Lac), « qui donnent du revenu en nature aux gens qui ne peuvent partir en vacances ». Sans succès. « C'est une question en suspens », dit Franck Joandet.
Priorité aux jeunes
L'adjoint sait que la mesure va susciter des critiques. Bègles-Plage est propice à la baignade, mais pas à la natation. Selon sa directrice, la piscine a enregistré 9 500 entrées l'été dernier. « Ce sont les deux mois les plus faibles avec décembre et janvier », constate Franck Joandet. « Il n'y a pas les scolaires, pas les associations. Les centres de loisirs sont à la plage. La population enfantine et adolescente, dont il faut s'occuper en priorité l'été, va plutôt au lac. Ceux qui seront pénalisés sont les gens qui ont une pratique hygiénique, de maintien en forme. On le regrette, mais on ne peut pas faire autrement. »
Dès l'ouverture, des animations thématiques plus musclées sont prévues à la plage, sur la base nautique et l'ensemble de la plaine des sports. Avec une soirée musicale le mercredi.
A en croire Laurence Bruhy, la foule de la fête de la morue ce week-end à Bègles a toutes les chances de manger des acras sortis des cuisines de Sar Océan. « On en fabrique une tonne et demie par jour. Et on en vend beaucoup aux associations et aux restaurateurs », assure la responsable de l'atelier de cuisine.
« À 42 grammes l'acra, ça en fait beaucoup », ajoute Bernard Jaubert, 54 ans, le PDG de l'entreprise. Les boulettes de chair pimentée sortent avec un petit « plop » fataliste dans la ligne de production, avant de plonger dans la friture.
À Bègles, on comprendra qu'il y a comme une revanche dans l'air : Sar Océan et la Fête de la Morue n'ont jamais fait bon ménage. Vieilles histoires à la Béglaise.
Mais voilà : depuis la fermeture du voisin, concurrent et cousin éloigné des Sécheries artisanales Boyer, Sar Océan est la dernière sécherie de Bègles, l'une deux dernières en France avec Sif-la morue (des Islandais) à Jonzac en Charente-Maritime.
Bernard Jaubert prend garde de ne pas s'en réjouir : « je regrette le départ d'Agnès Boyer. J'aurais bien aimé qu'elle me rejoigne, ça ne s'est pas fait ». Ça aurait peut-être réconcilié les « pro-Boyer » et les « pro-Sar » de la Fête...
« Il y a du poisson »
Le monde béglais de la morue exige ses lettres de noblesse. Marc Jaubert, 79 ans, exhibe les siennes : un arrêté préfectoral autorisant le sieur Varet à ouvrir une sécherie en 1843 : « c'est celle-ci », dit le père de Bernard. (lire aussi ci-dessous). 163 ans plus tard, sur 5 200 m², SAR Océan emploie une cinquantaine de salariés permanents, et 20 à 25 saisonniers de septembre à Pâques.
« On a beaucoup investi dans la mise aux normes en 1997. Les années qui ont suivi ont été difficiles », résume Bernard Jaubert. Le marché s'est dégradé. La crise du cabillaud après 2003 n'a rien arrangé.
Mais le patron de sar Océan est convaincu que le plus dur est passé. « On est revenu à l'équilibre. Mais c'est fragile ». Bizarrement, alors que les experts s'alarment sur la survie du cabillaud du Canada à L'Islande et de Terre-Neuve à la Norvège, Bernard Jaubert assure : « il ne manque pas de poisson. Il y a eu une crise spéculative. Les gros ont stocké beaucoup quand les prix étaient hauts. Avec la crise, ils ont du mal à financer les stocks. Ils vendent, les prix baissent. Cette année, Saint-Pierre-et-Miquelon n'a pas épuisé ses quotas de pêche ».
Diversification
Sar Océan s'est aussi diversifiée. Dans un décor attaqué par le sel comme un chalutier, on découpe, sèche et sale du lieu noir et jaune ou des petits colins, « destiné au marché des Dom-Tom et des épiceries ethniques en métropole. » Des conteneurs partent pour les Antilles et l'Afrique depuis Bassens. Un régime d'aide récemment mis en place par l'Europe a ouvert des perspectives.
On cuisine aussi beaucoup allée Boyer (brandade, soupes, tapas...), pour la grande distribution et pour le détail. « On vient d'obtenir le label MSC pour la pêche durable, on est aidés par Oseo pour de la recherche et développement ». L'apparition de la moule cuisinée Sar Océan est « imminente ». Mais le bivalve n'a pas encore sa fête à Bègles.
VILLENAVE-D'ORNON/BÈGLES, PONT-DE-LA-MAYE. Peu de polémiques et beaucoup de questions, hier soir, lors du débat sur le prolongement de la ligne C du tramway. Deux tracés paraissent tenir la corde
Il y avait pas mal de monde, hier soir salle Mélies, pour débattre du tramway, mais il restait des fauteuils : ceux peut-être des commerçants, très peu nombreux au rendez-vous à la surprise des élus de Villenave-d'Ornon, Bègles et de la CUB. Problème d'horaire (18 heures, heure de pointe dans les boutiques) ? Fatalisme ou optimisme ?
Le fait était d'autant plus étonnant que c'est leur sort qui inquiète, lors de la prolongation future de la ligne C du tramway de l'avenue Alexis-Labro au centre commercial Bordeaux-Sud (Casino).
À la tribune Gérard Chausset, le vice-président de la CUB chargé des transports de demain, était entouré par Patrick Pujol, Michel Poignonec et Nicolas Florian, ses adjoints, des Béglais Clément Rossignol, vice-président de la CUB, et Michel Mercier et du staff de la mission tramway. Dans la salle, les principaux élus de la majorité et de l'opposition étaient présents.
Les représentants du bureau d'étude Tyzia ont détaillé les différentes hypothèses : trois tracés possibles au nord de la rocade, coté Pont-de-la-Maye, multipliés par quatre hypothèses côté sud, égale douze pistes.
La question Terres Sud
C'est la version « technique » du « casse-tête du Pont-de-la-Maye » évoqué dans nos colonnes hier. On peut résumer le débat à trois questions : peut-on caser deux voies directes route de Toulouse ? Peut-on les caser plutôt à l'ouest de la route, derrière les commerces, soit depuis la rue de la République, soit depuis l'Eau blanche ? Peut-on dissocier les deux voies pour partager en deux les nuisances ?
Hier soir, le maire de Villenave et ses collègues ont préféré laisser parler la salle, une fois rappelée la priorité accordée à l'économie.
Ce sont d'abord les élus Béglais qui sont mis sur le grill. « Qu'est-ce que c'est que ce projet Terres Sud, avec le lycée et 1 200 habitants dans des logements neufs ? Quand avez-vous concerté ? Et la circulation ? », questionne la salle. « Ce n'est pas le sujet » botte en touche Gérard Chausset. « On est attentifs », assure Patrick Pujol. « Il faut bien densifier autour du TCSP », dit Clément Rossignol.
Retour donc au TCSP, ce transport en commun en site propre dont Patrick Pujol et Michel Mercier disent qu'il ne saurait être autre chose qu'un tramway. Mais les techniciens n'ont quand même pas encore exclu un BHNS (bus à haut niveau de service en jargon d'aménageur).
« Dans mon jardin »
Une riveraine s'étonne que l'on ait abandonné l'idée de traverser la rocade côté Bègles. On lui explique que la construction du pont « aurait coupé Pagès en deux et posé des problèmes de l'autre coté ».
L'éventuel voisin de la variante ouest juge cette idée « abracadabrantesque », puisqu'elle passerait « dans mon jardin ».
Un participant expose une proposition voisine de celle défendue par les élus PS, d'une boucle au sud, par le rond-point MacDo, avec une station « Sarcignan-Chambery ». « On l'étudiera, mais vous nous parlez de 40 millions d'euros de plus », remarque Gérard Chausset.
Plusieurs réclament une ligne BHNS en même temps, « jusqu'à la Victoire ». La chef de projet de la mission tramway avertit : « Si on ne met qu'une voie unique sur la route de Toulouse, on ne pourra pas faire passer dessus les BHNS qui vont plus loin. »
Bref, le débat est ouvert, mais loin d'être fermé. Gérard Chausset a quand même prévenu : « Plus vite le chemin sera trouvé, meilleure sera la solution. » Car une inquiétude très partagée est que le tram soit à Alexis-Labro en 2014, et n'aille pas plus loin avant 2018. Thrombose assurée au Pont-de-la-Maye...
C'était un avant-goût de la Fête de la morue, jeudi dernier. La présentation publique du Monumental végétal que Michel Lecoeur a planté dans le jardin de la Morue noire, allées de Francs. Un « édifice » bien dans la manière de ce sculpteur dont les statues de ferraille de récupération sont mêlées de longue date aux arbres et à l'eau des Rives d'Arcins.
L'assemblage de tuyaux, de ferrailles, de bois, de statues, de béton s'étend sur une vingtaine de mètres de long. C'est une ruine. Le vestige d'une autre histoire. « En 2004, dit Michel Lecoeur, j'étais à La Couronne, dans le cadre d'un festival qui s'appelait végétal. C'est la compagnie Fracas de Roland Bourbon qui m'avait invité. C'était autour d'une abbaye en ruine et, moi, j'avais décidé : c'est une abbaye qui pousse. D'où les racines de métal, le côté embryonnaire. »
C'est tout cela qui est resté un bon moment endormi à la Morue Noire, avant que Michel Lecoeur ne se décide vraiment à reprendre le projet, laissant ce lieu nouveau apporter sa contribution.
« Elle est différente. Elle a perdu de son côté sacré. C'est un autre environnement. Le bâtiment de la Morue noire, c'est du patrimoine industriel. En aplanissant le terrain, des rails ont ressurgi. C'est du vrai patrimoine, ou du faux, ça joue là-dessus ».
Sacré et profane
L'abbaye a changé d'identité : « Ça s'imposait ici. Je l'ai appelée Monumental végétal pour laisser les gens y voir ce qu'ils veulent. C'est très variable. On me parle d'usine, de château fort, d'église. Chacun se l'approprie avec son imagination. » Pourtant, l'origine sacrée du projet a laissé bien des traces : une cloche, des arcs d'ogives, des statues, dont deux de Johan Pénard, autre sculpteur du collectif béglais. Quelque chose qui ressemble à une serre. « Regarde, il y a même un trésor », dit Michel Lecoeur, en faisant découvrir une sorte de chasse. Vide, mais qui pourrait contenir des reliques.
Tout près, de vieux os sortis de terre. Et contre la clôture, l'armature d'un ancien vitrail voisine avec une « horloge » à sa façon. Mais le profane : des tables de bistrot, un bar, une manière de sexe masculin monumental à la Miro.
Partout des feuillages, et ça ne fait que commencer. Arbrisseaux déjà poussés par hasard et qui n'ont pas fini de devenir peupliers, iris, clématites, glycines et autres plantes grimpantes, etc. « Elles vont habiller le monument, le végétal va passer par-dessus. »
Une oeuvre « évolutive »
Deux tempêtes ont déjà fait leurs retouches au hasard, sans réussir à ébranler les structures. Peu importe. Le Monumental végétal sera de toute façon « évolutif », au gré de la nature et de l'inspiration de Lecoeur.
En présentant son travail, l'artiste s'est voulu généreux : « C'est un lieu public, qui sera offert à la ville de Bègles et aux Béglais ». « On est curieux de voir », a répondu Bruno Béziade, conseiller municipal et fidèle de la Morue Noire, « comment ça vivra dans quelques années, dans un quartier qui sort de terre ». Le Monumental végétal en sera-t-il le clocher, à sa manière ?
Lecoeur, lui, verrait bien les promeneurs s'arrêter là pour un pique-nique, une causette. « On a même pensé en faire une sorte de guinguette », sourit-il. Et se retournant : « On n'imagine pas le boulot qu'il y a là-dedans. Depuis un an et demi, je n'ai pratiquement pas fait une autre sculpture ».
Le 31, au soir du week-end de la Fête de la morue, l'inauguration devrait être un joli moment. Roland Bourbon, de la compagnie Fracas, viendra y donner une création musicale. Comme un retour aux sources de l'abbaye.
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