Le trop-plein déborde
Publié le 21 Juillet 2009
Des habitants du Parc Richelieu, à Bordeaux, sont en colère. Ils sont privés d'eau depuis vendredi en fin d'après-midi et le retour à la normale n'est pas espéré avant demain, mardi.
Vendredi, un problème de plomberie a nécessité l'interven- tion d'un homme de l'art. Les ro- binets ont été fermés le temps de l'opération. Mais quand ils ont été rouverts, vers 17 h 30, un phé- nomène de surpression a fait sauter le dispositif de sécurité des cumulus dans les appartements. D'où des fuites qui ont provoqué des dégâts des eaux plus ou moins importants. Alertés le soir même, les sapeurs-pompiers n'ont eu d'autre solution que de fermer l'alimentation générale. Histoire d'éviter qu'une cinquantaine de logements, dont les occupants étaient absents, ne soient totalement inondés.
L'eau a été rétablie samedi midi. Mais froide, uniquement. Ce qui n'a pas douché les ardeurs des résidents qui ont accueilli plutôt fraîchement leur syndic. Celui-ci, craignant sans doute que cela tourne au vinaigre, a fait appel à la police. Qui est venue, s'est renseignée puis est repartie.
Goutte d'eau
Le Parc Richelieu est situé rue Jean-Jouhaux, aux confins de Bordeaux, à la frontière de Bègles. Quelque 450 logements construits en 2007 par Kaufmann et Broad, gérés par Citya Bordeaux Immobilier et vendus en défiscalisation à des propriétaires de la France entière. Trois d'entre eux seulement occupent leurs logements ; les autres les louent, pour la plupart, à de jeunes couples.
Pour ces derniers, cette histoire de plomberie est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Ils étaient une bonne soixantaine, samedi matin, massés à l'entrée de la résidence pour exposer leurs doléances. « On nous a vendu du rêve, résume l'un d'eux. Sur le papier, c'était tout beau, dans la réalité, tout se casse la figure. » « On paye 650 euros un T 2 de 51 m2, ajoute son voisin. C'est très cher, sachant que les prestations annoncées ne sont pas fournies. On nous a vendu une résidence sécurisée alors que la grille d'entrée ne fonctionne plus depuis longtemps. Résultat, sur le parking, des voitures sont vandalisées, volées... »
Dans les appartements, ce n'est pas mieux, accusent les habitants. Des fissures au plafond ici, des moisissures sur les murs et dans les sanitaires là, des remontées d'eau par le sol au rez-de-chaussée, ils pointent ce qu'ils qualifient de graves malfaçons. « Pour réclamer les loyers, l'agence est toujours pressée. Mais pour les travaux, il n'y a plus personne. Ce matin, on nous a dit que si nous n'étions pas contents, nous n'avions qu'à déménager ! »
Dégradations
Le conseil syndical censé gérer la copropriété est réduit à sa plus simple expression. Il se résume de fait aux seuls trois propriétaires occupants. Thierry Carlier est l'un d'eux. Il affirme qu'avec Citya « ça se passe plutôt bien ». « Quand il y a des réparations à faire, on les fait. Mais il y a tant à faire, entre les parties communes et les appartements... »
Les programmes immobiliers « de Robien », vendus comme des produits financiers, offrent parfois de mauvaises surprises. Les investisseurs achètent au-dessus des prix du marché des biens dont la qualité laisse à désirer. « Ici, c'est moyen de gamme, reconnaît Thierry Carlier. Mais quand on parle de malfaçon, on nous répond désordre : la résidence est jeune, elle "travaille" encore. »
En bout de chaîne, ce sont les locataires qui en font les frais. Entre un propriétaire absent et un syndic mutique (1), leurs cris se perdent dans le désert.
(1) Les responsables de Citya étaient injoignables samedi.
pm.lemaire@sudouest.com
